samedi 18 mars 2017

Présentation du projet littéraire des 1L2

         Notre classe de 1ère L2 est impliquée dans un projet interdisciplinaire, qui associe le français, l’histoire-géographie et l’éducation civique et morale.

        Le premier volet de ce projet concerne notre orientation. Nous rencontrons tout au long de l’année des professionnels exerçant des métiers liés à notre filière L. Nous avons déjà rencontré une libraire et des bibliothécaires (voir les posts de ce blog). Trois autres rencontres sont prévues : un écrivain et un journaliste en mars et une traductrice en mai-juin.

        D’autre part, dans le cadre des 70 ans de notre lycée, nous participons au premier prix littéraire du lycée de Saint-Just avec l’autre classe de 1ère L. Six romans ont été sélectionnés :

* Désorientale, de Négar Djavadi

* En Attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut

* Marcher droit, tourner en rond, d’Emmanuel Venet

* L’Ombre de nos nuits, de Gaëlle Josse

* Maures, de Sébastien Berlendis

* La Sainte Famille, de Florence Seyvos

         Nous lisons également le dernier roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, L’Homme qui voyait à travers les visages, mais celui-ci est hors-compétition. Son auteur, ancien élève du Lycée Saint-Just, nous fera l'honneur de remettre le prix le jour de l'anniversaire, le 13 mars 2017.

         Nous avons présenté ces romans lors de deux cafés littéraires organisés au CDI. Le vote, qui a eu lieu le 13 février, a désigné comme gagnant du prix le roman L’Ombre de nos nuits de Gaëlle Josse, écrivain que nous rencontrerons le jour de l’anniversaire du lycée.

        Par ailleurs, nous écrivons des critiques littéraires en cours de français, et nous préparons des exposés-débats à partir des thématiques abordées dans ces romans en cours d'EMC. Ces activités de création et de réflexion nous permettent d’étudier ces œuvres en profondeur tout en développant notre sens critique.


                                                                                              Gabrielle BAROU

mercredi 15 mars 2017

En Attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

« Certains ne deviennent jamais fous… Leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »
 
Résultat de recherche d'images pour "en attendant bojangles"         En Attendant Bojangles raconte l’histoire d’une famille dont la mère est une femme feu follet, joyeuse et extravagante. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie, et les amis.  Ils dansent tout le temps, au son de la chanson de Nina Simone Mr Bojangles et s’aiment d’un amour fou depuis qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont décidé de se marier afin d’avoir un enfant. Ils ont décidé de vivre au rythme de la musique, de profiter de la vie dans leur appartement. Les invités se succèdent lors de dîners qui n’en finissent plus et durant lesquels on croise des personnalités hors du commun telle que l’«Ordure», un sénateur. Chaque jour, le mari donne un prénom différent à sa femme comme Louise, Renée, Marguerite, afin de ne pas sombrer dans la lassitude et agrémenter la folie dans laquelle ils vivent.       
                                                                                                                                                   Le quatrième membre permanent de la famille est un grand oiseau exotique, nommé «Mademoiselle Superfétatoire», qui se pavane dans l’appartement, mais aussi dans la rue, tenu en laisse par «Maman». Un jour, pourtant, Georges le père ainsi que le fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.                                                                                    
         Dans ce roman, la forme narrative est particulière puisque la majorité du texte est constituée de dialogues et que le reste rapporte des souvenirs appartenant au carnet de Georges.  L’auteur a également disséminé des rimes tout au long de son ouvrage : en effet, les mots s’assemblent, tournent et finissent par se retrouver grâce à la symphonie qu’Oliver Bourdeaut crée. Nous sommes alors transportés par une musicalité entraînante, comme si l’on écoutait Mr Bojangles de Nina Simone tout au long de notre lecture.
         L’auteur a voulu représenter la simplicité, le bonheur qu’une famille peut avoir sans rentrer dans la société, ainsi que le goût de la folie de la vie et de l’amour sans contraintes.

         Nous avons plutôt aimé ce livre car c’est un roman touchant. Il nous plonge dans un monde très différent du nôtre, sans les limites et sans les règles que nous impose la société. Les personnages sont représentés de façon libre face à la simple richesse du monde et aux besoins humains. Ils font preuve d’ironie et d’humour tout le long de l’histoire sans même faire attention aux contraintes que leur réserve la vie. C’est aussi un roman tragique et très émouvant. En effet, les sujets traités sont profonds, comme la question de la folie, de la maladie,  du suicide mais aussi, de la place de l’école dans la société ou encore de la normalité.
 
         En Attendant Bojangles est un roman poignant rempli d’amour et de folies. Premier roman d’Olivier Bourdeaut, a été nommé pour le prix Goncourt et il a reçu le Prix du Roman France Télévisions, le Prix des Étudiants France Culture et le Grand Prix RTL. Il mérite amplement son succès.
 
 
                           Louise CORDET, Camille HENRIC et Luana MANNAS

 

lundi 13 mars 2017

L'Ombre de nos nuits, Gaëlle Josse


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          Dans ce roman d’une beauté et d’une délicatesse touchantes, le clair et obscur se mêlent comme dans les tableaux de Georges de La Tour, dont l’apprenti raconte son histoire de passionné d’art effacé derrière le fils du peintre. Gaëlle Josse met en parallèle l’histoire du peintre et de son apprenti avec celle d’une femme qui nous est contemporaine, blessée et meurtrie par une histoire d’amour dans laquelle elle se noyait jusqu’à s’effacer. C’est dans un musée désert, devant le tableau Saint Sébastien soigné par Irène, que les époques se rencontrent, peignant les sentiments les plus profonds de l’âme humaine que l’amour et l’art font naître.
          En 1639, la Lorraine est déchirée par les combats, de terribles rumeurs de violence courent le long des routes et les villages ont été décimés par la peste. Enfermé dans son atelier sombre, Georges de la Tour dispose les lanternes et les acteurs, et prépare sa plus grande œuvre, celle qu’il a vue dans ses rêves, celle qui marquera l’apothéose de sa carrière, Saint Sébastien soigné par Irène. Son apprenti Laurent, toujours à ses côtés, s’applique à observer les gestes de son maître, à recréer les douces mains d’Irène, le vacillement de la flamme dans le noir, la transparence de l’étole. Il raconte la lumière de l’amour et l’obscurité de la mort, sa famille disparue et le calme de l’atelier du peintre. La plume aérienne de Gaëlle Josse retranscrit les joies et les inquiétudes du peintre et de son apprenti, rythmées par leur voyage sur les routes de France.
           Une femme de nos jours, dont on ne connaîtra pas le nom, déambule dans un musée et se trouve happée par le regard débordant de tendresse et de compassion d’Irène dans la toile du peintre. Face à cette toile, elle voyage quelque part, hors du temps ; elle revit une histoire d’amour passée dont le souvenir reste vif et ardent, elle se souvient d’un homme qu’elle a aimé passionnément. Elle nous dévoile ses sentiments, les mots qu’elle n’a jamais osé ni pu lui dire. Cette toile l’apaise, lui montre la beauté lumineuse et sombre de son histoire, beauté transfigurée par le silence et la profondeur du tableau tout en clair-obscur.
           Gaëlle Josse nous délivre dans ce roman deux histoires certes différentes, mais qui se complètent. L’auteure parvient, avec délicatesse et poésie, à mêler l’aveuglement amoureux et les jeux de lumières variant à l’infini… L’Ombre de nos nuits, ce sont trois voix qui se répondent par -delà l’espace et le temps, dont l’écriture de Gaëlle Josse permet le dialogue : celle du peintre Georges de la Tour, celle de Laurent, et celle de cette inconnue qui contemple la toile. Tous unis par la beauté douloureuse de leur passion, ils  délivrent un message poignant, un hymne à l’amour et à l’art, deux entités qui se rencontrent dans une atmosphère nostalgique.

“ De l’obscurité émerge une étrange vérité, celle de nos cœurs.”
“Le temps nous pousse vers notre vie, il nous faut nous réinventer, oublier pour continuer.”

                                                                                    Rachel GROGNIER et Maxine HUGUET

L'Ombre de nos nuits, Gaëlle Josse


Résultat de recherche d'images pour "l'ombre de nos nuits"Gaëlle Josse est née en septembre 1960 en France. Après des études de droit, de journalisme et de psychologie clinique, elle s’installe pour quelques années en Nouvelle-Calédonie. Femme de lettres, elle publie des poésies puis des romans dont certains ont été récompensés.

L’Ombre de nos nuits, paru en 2016, est son cinquième roman.

L’Ombre de nos nuits a cette rare particularité dans la littérature de focaliser le récit sur une peinture. Originalité du projet qui surprend et émerveille tant il est brillamment mené. Gaëlle Josse parvient dans son roman à sublimer l’acte créateur qui vient donner naissance à l’œuvre.

Ambition aussi de vouloir attacher toute une œuvre à une toile, qui à la fois se présente comme les langes de la célébrité du peintre nouvellement née, et comme le linceul de la souffrance d’une jeune femme. Et cette œuvre littéraire se saisit de la corde du Temps, et tresse avec deux de ses brins ce roman, qui jumelle deux récits parallèles uniquement liés par l’œuvre picturale.

L’Ombre de nos nuits est un livre qui a beaucoup de qualités comme le style de l’auteur, la construction narrative, les sujets abordés. Il nous a pour ces raisons beaucoup plu.

Si l’on devait trouver et avouer une lacune, un manque dans ce roman, c’est peut-être que l’on n’en retire pas vraiment de leçon. Quand on ferme le livre, c’est comme si l’on ouvrait ses paupières au sortir d’un rêve, agréable, mais qui ne nous apporte rien de particulier dans la journée qui se déroule ensuite.


Nous avons beaucoup apprécié l’excipit du roman, qui propose une ouverture positive et rompt avec la semi-obscurité de tout le roman. Cette conclusion, paradoxalement aussi logique qu’inattendue, élève tout le récit vers la clarté d’une guérison intérieure et la vitalité d’un nouveau départ :

« J'avance, encore aujourd'hui, à pas légers, mesurés, mais je sais que le chemin s'élargit. Peut-être toute la joie du monde n'a-t-elle pas tout à fait disparu. Peut-être m'attend-elle, plus loin ailleurs. Il n'appartient qu'à moi d'aller à sa rencontre.

J'entends en moi une voix qui chuchote, s'amplifie et finit par m'envahir toute entière.
Relève-toi !
Élance-toi !
Écoute-toi !
Danse !

Mes pas résonnent dans l'escalier en pierre, amplifiés par la hauteur de la voûte. Reprendre pied.

Reprendre vie.

Retrouver le jeton du vestiaire, le bon casier. J'ai raté mon train, je vais devoir changer mon billet. Dehors la pluie a cessé, le ciel s'est dégagé, l'air est rafraîchi. Reprendre la route. »
 
             Betty MANIGLIER et Emmanuel ROSSIGNEUX

vendredi 10 mars 2017

Maures, Sébastien Berlendis


                                          Maures, un récit de souvenirs
http://www.babelio.com/users/redf.jpg« Ces images d’une adolescence au soleil continuent de modeler mes désirs et mon imagination. Je me construis dans les souffles chauds, l’horizon bleu, le sel marin. »
          Maures est le récit des souvenirs de vacances du narrateur dans une pinède en bord de mer. Sébastien Berlendis nous livre des fragments de son adolescence au moyen d’une écriture impressionniste qui fait voyager le lecteur au cœur de ses propres souvenirs. Entre ombre et lumière, l’auteur décrit le vertige des sensations, la découverte du corps des filles, et l’inquiétude devant les disparitions et le futur à venir. Autour de la figure centrale du grand-père gravitent d’autres fantômes du passé, grand-oncle, amis, cousin, Hollandais, et des filles comme Suzanne, Bellisa, Lena et Louise, qui forgent le caractère du narrateur.
« Je prends l’ancienne route, comme lorsque j’étais enfant. »
         Dès la première phrase de Maures, les temps s’entremêlent, jusqu’à ce que le lecteur ne fasse plus la différence entre le passé et le présent, l’œuvre est intemporelle. Il raconte les étés radieux de son enfance et de son adolescence, au bord de la Méditerranée, sur la côte varoise. Mais il évoque aussi un présent plus sombre : son grand-père se meurt, et c’est lui le destinataire de ce très beau texte. La chronologie de l’histoire suit donc le fil de la mémoire et des émotions du narrateur.
Il écrit son récit sous forme de paragraphes fugaces tels des photographies prises sur le vif, tels des souvenirs effacés par le temps, tels des empreintes laissées sur les plages abandonnées, tels les traces d’un passé qui s’estompent avec la vie du patriarche.
« Rien ne freine notre désir, la plage agit comme un aimant. » Un magnétisme envoûtant comme l’écriture de Sébastien Berlendis.
                                                                                             Manon DIAZ et Flavie MADORE

lundi 6 mars 2017

Désorientale, Négar Djavadi


Ce roman traite particulièrement de l’exil du personnage-narrateur Kimiâ, que celle-ci résume dans cette phrase: « Bientôt, mon prénom ne sera plus prononcé de la même manière, le "â" final deviendra "a" dans les bouches occidentales, se fermant pour toujours. Bientôt, je serai une "désorientale". »
 
Résultat de recherche d'images pour "désorientale"Assise seule, dans une sinistre salle d’attente du service de procréation médicalement assistée d’un hôpital parisien, Kimiâ s’adresse aux lecteurs pour décrire sa situation. L’air de rien, la belle écriture de Negar Djavadi nous plonge dans les pensées de son personnage. Le lecteur suit avec curiosité  le cheminement des pensées de Kimiâ, qui se souvient des histoires de ses ancêtres, qu’on lui racontait. Au fil des pages, on découvre une famille originale, en particulier ses parents, leur personnalité et leur opposition politique. Ce roman nous instruit sur l’histoire de l’Iran (plus particulièrement celle des années 70) à travers l’histoire du personnage. Le lecteur assimile facilement l’histoire complexe de ce pays. En effet, Negar Djavadi réussit à nous intéresser aux nombreux renversements politiques et à leurs conséquences sur les Iraniens. Désorientale contient aussi énormément de comique, notamment dans les descriptions : ainsi un nouveau-né est comparé à un pruneau. Ce roman drôle et surtout bouleversant aborde des sujets sérieux comme l'exil, l'homosexualité, l'identité et la transmission sans aucune lourdeur. Il tient le lecteur en haleine à travers l’histoire d’une famille iranienne semblable à celle de son auteur. Cependant Negar Djavadi a précisé que « ce qui arrive à Kimiâ est tellement exagéré, et les liens entre les personnages et la grande Histoire sont si clairement tissés que cela ne peut relever de l'autofiction. »

Ainsi qu’elle le dit elle-même dans une interview accordée à l’hebdomadaire Télérama, l’auteur a trouvé un compromis entre « cette façon très iranienne, très orientale, de raconter les histoires à travers de nombreuses digressions et en même temps ce sentiment d'intimité, cet intimisme, propre à la littérature française. »
                                                                             Shérazad Hamani

En Attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut


I knew a man, Bojangles …

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Olivier Bourdeaut nous plonge au cœur de l’histoire d’une famille rythmée par Mr Bojangles, un slow de Nina Simone. C’est le récit d’une folle histoire d’amour. Dans un appartement où règne la désillusion déambulent un drôle d’oiseau exotique, une mère pétillante d’une terrible imprévisibilité et un père porté par ce souffle de folie, le tout vu par les yeux émerveillés de leur enfant. Un quotidien atypique : faire la fête, boire et s’amuser, la condition sine qua non de leur existence. Une vie portée par des plaisirs sans fin, mais quand la fête déchante il faut trouver un autre moyen de continuer...


En Attendant Bojangles est un livre époustouflant. On vit, on bouge et on danse au rythme de cette famille si fusionnelle. On se sent heureux et libre. Le garçon nous transporte dans son univers déjanté, et l’impression de glisser sur des coussins ou de regarder les adultes siroter des cocktails est presque réelle. L’écriture d’Olivier Bourdeaut est légère et délicate, elle sait comment nous émerveiller, mais aussi nous troubler. Elle est familière et rappelle discrètement celle de Boris Vian, à la fois drôle et poétique. Olivier Bourdeaut maquille la frontière entre le réel et le mensonge, et nous déboussole : on rit, on danse et on pleure à la fois tout au long de son roman, sentant la magie et les pétillements des bulles du champagne aller et venir, puis doucement s’évaporer. Le premier roman d’Olivier Bourdeaut a su nous conquérir, et réveiller notre petit brin de folie. À écouter en parallèle avec Mr Bojangles de Nina Simone : sa voix grave et envoûtante berce la lecture tout en lui donnant un sens. 
 
                Léa DELICE, Margaux PROST et Louise WALTER